Accueil 5 En débat 5 Bourses, AEFE, frais de scolarité : une semaine de dialogue pour replacer les familles et les personnels des établissements scolaires au cœur des priorités
En marge de la 45e session de l’Assemblée des Français de l’étranger, le président de Français du monde – ADFE, Jaime Peypoch, a rencontré douze interlocuteurs en une semaine : institutions, syndicats, partenaires associatifs. Au centre des échanges : l’accès à l’enseignement français, que le recul des bourses et la hausse des frais rendent plus difficile pour de nombreuses familles.
Du 9 au 15 octobre 2026, Jaime Peypoch, élu président de l’association après l’Assemblée générale du 29 août, a enchaîné les rendez-vous, accompagné de Stéphane Arnoux, délégué général. Cabinet de la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, direction des Français à l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE), AEFE, Caisse des Français de l’étranger, organisations syndicales, fédération de parents d’élèves, Mission laïque française, associations de solidarité : l’objectif était de présenter les positions de l’association, de recueillir les attentes de chacun et de faire émerger des propositions communes. Ces échanges s’appuyaient sur le 4e Baromètre Français du monde, qui a recueilli 25 688 réponses.

Les bourses : le décrochage des classes moyennes

Dans presque tous les entretiens, le même sujet est revenu : la baisse du nombre de demandes et de bénéficiaires de bourses scolaires. Jaime Peypoch, qui s’est exprimé dans Le Petit Journal le 22 octobre, indique que nous sommes passés d’environ 23 000 à 17 000 boursiers en quelques années. Cette évolution ne saurait, selon lui, être lue comme une amélioration générale du niveau de vie des Français de l’étranger.

L’explication avancée est largement partagée par les interlocuteurs rencontrés. Les frais de scolarité progressent depuis des années. Les familles les plus modestes peuvent obtenir des bourses couvrant l’essentiel de la dépense, mais les aides partielles, qui soutenaient les revenus intermédiaires, se raréfient. Il reste alors des foyers aux revenus trop élevés pour prétendre à une aide et trop faibles pour assumer seuls la scolarité : petits entrepreneurs, salariés en contrat local, familles installées durablement. Certains retirent leurs enfants du réseau français et se tournent vers le système local, qui ne permet pas toujours de poursuivre en français ni de garder les mêmes repères culturels.

Deux points techniques ont été soulevés. L’indice de prise en compte du pouvoir d’achat (IPPA) semble limiter l’accès aux bourses de faible quotité, en particulier pour les classes moyennes. La retraite par capitalisation obligatoire, prise en compte dans les instructions de bourses, peut aussi réduire la quotité attribuée. L’association demande davantage de transparence, en particulier sur le calcul de l’IPPA. Il est, en effet, parfois contesté car il ne reflète pas suffisamment la réalité du coût de la vie dans des pays où l’inflation progresse plus rapidement qu’en France. Français du monde – ADFE demande donc une pondération qui tienne compte de la réalité économique des pays dans lesquels vivent nos ressortissants.

Côté administration, une réflexion serait en cours sur un éventuel transfert de la gestion des bourses de l’AEFE vers la DFAE, avec pour objectifs un calendrier d’attribution mieux adapté aux contraintes des familles et la possibilité d’une reconduction pluriannuelle. Rien n’est encore mis en œuvre, et la place de la Commission nationale des bourses reste à clarifier.

Réforme de l’AEFE : visibilité et garanties

La réforme de l’Agence a été abordée avec l’AEFE elle-même comme avec les syndicats et les parents d’élèves. Français du monde – ADFE y a rappelé son attachement à une AEFE forte et aux établissements en gestion directe (EGD), qui servent de référence à l’ensemble du réseau, y compris aux établissements conventionnés et partenaires. Cet attachement a été partagé lors des échanges, avec un constat commun : maintenir et développer ces établissements est difficile dans un contexte de baisse des effectifs.

La suppression de 31 postes dans les établissements conventionnés a été évoquée à plusieurs reprises. Elle est présentée comme une contrepartie au maintien de leur conventionnement. Les organisations syndicales rencontrées contestent cette logique, car elle fait peser le coût de ce maintien sur les personnels. Le statut des enseignants détachés, garant du lien avec la France et de la qualité pédagogique, est également au cœur des préoccupations.

Pour les familles, deux attentes dominent : savoir à l’avance combien coûtera la scolarité de leurs enfants, et avoir des garanties sur la qualité de l’enseignement. Plusieurs pistes ont été discutées : une meilleure visibilité sur l’évolution des frais, une mutualisation des moyens entre établissements, et la garantie que les familles bénéficient, dans leur propre établissement, des résultats de leur investissement. Un rappel important a aussi été fait : les familles financent à hauteur d’environ 60 % l’AEFE, une contribution que le débat public ne prend pas suffisamment en compte.

Reste la situation des enfants français qui n’ont pas accès au réseau pour des raisons de coût. Des dispositifs comme le LabelFrancÉducation peuvent constituer une réponse complémentaire pour certains élèves, mais ils ne sauraient être présentés comme une alternative équivalente au réseau d’enseignement français. Une offre limitée à quelques heures de français par semaine dans un système local ne remplace pas une éducation à la française. La qualité de l’enseignement, le suivi pédagogique et le niveau de français peuvent en outre varier fortement d’un pays à l’autre, selon l’existence ou non d’une tradition francophone et les moyens disponibles localement. Les enseignants sont issus du système éducatif du pays d’accueil et non de l’Éducation nationale française, ce qui peut entraîner des disparités importantes.

Il a enfin été rappelé qu’un seuil suffisant d’élèves français dans un établissement favorise la pratique du français entre élèves et rassure les familles. Or, ce seuil tend à diminuer dans un certain nombre d’établissements du réseau AEFE et il est, par nature, plus faible encore dans les établissements LabelFrancÉducation, qui accueillent principalement des élèves du système local.

École inclusive : un dispositif pilote à suivre

Autre dossier suivi de près : l’école inclusive. Le principe d’un dispositif pilote, dans lequel les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) seraient rémunérés directement par les établissements, a été confirmé. Les modalités précises restent à suivre. Dans ce contexte, l’association souligne que les formations d’AESH proposées par l’AEFE dans le cadre de l’Observatoire des élèves à besoins éducatifs particuliers (OBEP) sont gratuites et reposent sur l’engagement bénévole de leurs participants. Elle appelle à préserver cette gratuité, alors que certains établissements avaient annoncé une facturation.

Il a également été rappelé que l’école inclusive constitue aujourd’hui un élément important de différenciation du réseau AEFE par rapport à d’autres systèmes scolaires proposés à l’étranger. Elle témoigne de la capacité du réseau à s’adapter à la diversité des situations des élèves et à leurs besoins spécifiques d’accompagnement, en apportant des réponses pédagogiques et humaines à des réalités auxquelles les familles peuvent être confrontées.

Au-delà de l’école : services, protection, solidarité

Les rencontres ne se sont pas limitées à l’enseignement. Auprès du cabinet de la ministre déléguée, Français du monde – ADFE a défendu la poursuite de la numérisation des services publics, à condition de préserver un accompagnement humain et une qualité de service adaptée aux usagers.

Avec la DFAE, plusieurs sujets concrets ont été abordés. L’association a salué l’actualisation du guide destiné aux victimes de violences à l’étranger et demandé des précisions sur le suivi des formations des agents des postes diplomatiques et consulaires à l’accueil des victimes ; un retour doit lui être transmis. Elle a également plaidé pour des modalités de versement des subventions adaptées aux pays où le contexte local complique les opérations, notamment dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel.

Sur la protection sociale, les échanges avec la Caisse des Français de l’étranger ont porté sur son avenir à moyen terme et sur la catégorie aidée, à laquelle Français du monde – ADFE est particulièrement attaché. Les critères d’attribution ont été évoqués, avec le rappel que ce dispositif relève pleinement de la solidarité nationale. L’association regrette toutefois que l’État n’assume pas à la hauteur nécessaire les missions de service public qu’il confie à la Caisse. La prise en charge de la catégorie aidée représente aujourd’hui une enveloppe de plusieurs millions d’euros, appelée à atteindre environ 6 millions d’euros, alors que la contribution de l’État reste très inférieure, de l’ordre de quelques centaines de milliers d’euros. Cet écart fait peser une part importante du financement de cette solidarité sur les autres adhérents de la CFE. Français du monde – ADFE demande donc un soutien beaucoup plus conséquent de l’État afin que cette mission de solidarité nationale ne repose pas principalement sur les cotisants de la Caisse.

Du côté de la solidarité internationale, Solidarité Laïque a fait part de financements fragilisés par la baisse des moyens de l’Agence française de développement. Français du monde – ADFE, membre de cette organisation, a proposé de créer de nouvelles dynamiques entre les deux associations afin de mieux faire connaître les projets portés par Solidarité Laïque à travers le monde et de permettre aux sections de Français du monde de s’y associer, de les relayer ou, lorsque cela est possible, de s’y impliquer directement. Les projets menés notamment au Bénin, au Cambodge et au Sénégal pourront ainsi servir de premiers points d’appui à cette coopération.

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