Accueil 5 En débat 5 Restitution du Baromètre Français du monde 2026 : au Sénat, la parole de 25 688 Françaises et Français de l’étranger
Le 10 octobre 2026 au Sénat, Français du monde – ADFE a présenté la quatrième édition de son Baromètre. Retraites, tensions internationales, coût de la vie, accès à l’éducation et difficultés bancaires : derrière les chiffres, une même attente se dessine, celle de droits réellement accessibles et de services publics adaptés aux réalités de la vie à l’étranger.

Parrainée par la sénatrice Mathilde Ollivier, cette rencontre a notamment rassemblé le sénateur Yan Chantrel, le député Karim Ben Cheikh et des élus de l’Assemblée des Français de l’étranger. La Direction des Français à l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE), l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et les délégués du Défenseur des droits aux Français de l’étranger étaient également représentés. Les associations et organisations engagées dans l’éducation, dont FLAM Monde, la FAPEE, le SE-Unsa Hors de France, la CFDT Éducation Monde et Solidarité Laïque, ont apporté une autre dimension aux échanges.

Cette présence institutionnelle et associative a donné toute sa portée à l’événement : faire dialoguer l’expérience des usagers, les remontées du terrain et les institutions chargées de répondre à leurs besoins, au moment où les politiques publiques destinées aux Français de l’étranger sont confrontées à des choix déterminants.

« Les Français de l’étranger sont des Français à part entière »

Pour sa première prise de parole publique depuis son élection à la présidence en août, Jaime Peypoch a parlé d’« un honneur, mais surtout une responsabilité ». Il a rendu hommage à ses prédécesseurs Claudine Lepage et François Boucher, présents dans la salle, et rappelé la conviction fondatrice de l’association depuis 1980 : les Françaises et les Français de l’étranger sont « des Français à part entière ».

Il a aussi salué les sections de l’association, ces bénévoles qui « informent, accompagnent, organisent, mettent en relation » au plus près des compatriotes. Il a expliqué que l’édition 2026 donne une place particulière aux familles, dans un contexte marqué par les débats sur le financement de l’enseignement français à l’étranger, les frais de scolarité et les bourses. Et il a fixé le cap : « Gardons à l’esprit que derrière les chiffres que nous allons découvrir, il y a avant tout des femmes et des hommes, des familles, des parcours de vie et des réalités très diverses. Notre responsabilité est de faire en sorte que leur voix soit entendue. »

25 688 réponses, 162 pays : une consultation d’une ampleur remarquable

C’est le délégué général, Stéphane Arnoux, qui a présenté les résultats. Il a d’abord rappelé la méthode : une consultation en ligne menée en avril, d’environ 46 questions pour un temps médian de 12 minutes, réalisée avec la consultante Alice Tensaout. Il a précisé qu’il ne s’agit pas d’un sondage probabiliste mais d’un échantillon de convenance. La force du Baromètre tient à la comparaison entre territoires, profils et éditions, ce qui permet de distinguer la conjoncture de ce qui s’installe dans la durée.

Premier enseignement : il n’existe pas de Français de l’étranger type. Les répondants ne sont pas des expatriés de passage mais des personnes durablement enracinées : 62 % vivent hors de France depuis plus de 11 ans, 38 % depuis plus de 20 ans. Leur attachement à la nationalité française reste fort, jugé fondamental pour leur identité par 86 % d’entre eux. Stéphane Arnoux y voit « moins un détachement de la France » qu’une relation critique, entre plusieurs espaces de vie.

Le trio de tête des préoccupations est stable d’une circonscription à l’autre : la retraite et les droits sociaux (40 %), la situation internationale, puis le coût de la vie. Sur la retraite, le problème est moins l’existence des dispositifs que leur lisibilité : plus de la moitié des plus de 45 ans n’ont engagé aucune démarche, et parmi ceux qui l’ont fait, 40 % ont rencontré des difficultés, souvent liées à l’information et à l’accompagnement.

Présentation : Baromètre 2026

Trois éclairages de terrain

La présentation a été ponctuée par les témoignages de trois membres de la gouvernance de l’association.

Alice Cartier, membre du conseil d’administration, a décrit la « géopolitisation du quotidien », en prenant l’exemple de l’Amérique du Nord. La situation internationale, quasi marginale en 2019, est devenue la deuxième préoccupation. Son impact fort atteint 31 % au Proche-Orient. En Amérique du Nord, elle a évoqué les tensions commerciales et l’inflation. Sa conclusion : « La géopolitisation du quotidien n’est pas une théorie, c’est la conséquence directe des chocs mondiaux subis sur le terrain. » Elle a appelé à une action consulaire « agile, réactive et ancrée dans la gestion de crise ».

Othmane Touzani Idrissi, président de la section Maroc, membre du bureau national et conseiller des Français de l’étranger, a pris la parole sur l’enseignement français. Il a insisté sur le rôle de l’AEFE comme vecteur de la francophonie et des valeurs de la République. Il a décrit une classe moyenne « trop riche pour bénéficier des bourses scolaires et trop pauvre pour assumer une scolarité dans nos établissements », et des familles contraintes de sacrifier le dernier de la fratrie. Son avertissement : s’inquiéter d’un « risque de départ des enfants français hors du réseau », avec la perte de repères que cela implique. Il a regretté que la France « ne s’accorde plus les moyens de ses ambitions ».

Anne Herny Werner, présidente de FLAM Monde et membre du bureau national, a défendu l’enseignement du français en dehors du temps scolaire. Elle a invité à « tordre le cou » au mythe de l’enfant éponge : exposé à deux langues, l’enfant n’utilise pas forcément la plus minoritaire, et le français « va au mieux stagner à un niveau basique ». Le chiffre de 21,9 % de répondants réclamant le développement des cours FLAM peut sembler modeste, mais il se relativise, a-t-elle expliqué, quand on retire ceux dont les enfants sont adultes, déjà dans le réseau AEFE ou qui ignorent l’existence du réseau. Elle a aussi souligné que ces associations reposent largement sur le bénévolat et que le soutien public doit suivre, ce qui n’a pas été le cas deux années de suite.

Éducation, banques, services consulaires : ce que disent les chiffres

    • Éducation : 44 % des familles ignorent l’existence du réseau éducatif français, trois quarts de celles qui le connaissent le jugent peu ou pas accessible financièrement, et 78 % s’inquiètent de la hausse des frais de scolarité. Le problème est autant de visibilité que de capacité.
    • Banques : 72,8 % des répondants déclarent au moins une difficulté avec leur compte bancaire français depuis l’étranger, 7,3 % ont subi une fermeture unilatérale et 11,3 % n’ont pu en ouvrir un. Le droit au compte existe, mais il est méconnu et ne protège pas des fermetures.
    • Services consulaires : près de 60 % les jugent bons ou excellents. Les répondants ne demandent pas plus d’ambassades, mais des services accessibles et réactifs. 94 % attendent des démarches administratives en ligne, à condition qu’elles ne coupent pas du contact humain.

Pour expliquer pourquoi des droits garantis par la loi produisent encore de l’exclusion, Stéphane Arnoux a proposé une « chaîne de l’accessibilité » en cinq maillons : la présence du droit, sa connaissance, son accessibilité, son usage dans la durée, puis la satisfaction. Si un seul maillon casse, c’est tout le parcours qui échoue.

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La restitution en images

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