La 44e session de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) s’est ouverte le lundi 2 mars 2026 au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (Quai d’Orsay). Réunissant 90 conseillers élus issus de toutes les régions du monde, cette session revêt une double signification : elle constitue à la fois l’aboutissement d’un mandat de près de cinq ans et le dernier rendez-vous institutionnel avant le renouvellement électoral prévu fin mai 2026.
Un contexte international qui s’invite d’emblée dans les débats
L’ouverture des travaux s’est déroulée dans un climat de préoccupation marquée. Plusieurs élus n’ont pu rejoindre Paris en raison de la dégradation rapide de la situation sécuritaire au Proche-Orient, survenue dans les jours précédant la session. D’autres ont fait le déplacement depuis des zones directement concernées par les tensions.
Dans ce contexte, l’intervention de la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, a revêtu un caractère particulièrement attendu. Sortant d’une réunion de crise avec le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère, la ministre a fait état de la mobilisation du dispositif d’urgence pour les ressortissants français présents dans les treize pays de la zone, notamment en Israël et aux Émirats arabes unis, où résident de larges communautés françaises. Le numéro d’urgence du CDCS : le 01 43 17 51 00, a été rappelé publiquement, alors que les inscriptions au fil d’Ariane ont progressé de 44 % entre le 28 février et le 1er mars.
Un projet de loi pour les Français de l’étranger en cours d’élaboration
Sur le plan législatif, la ministre a confirmé l’existence d’un projet de loi spécifiquement consacré aux Français établis hors de France, actuellement en cours d’examen interministériel. Éléonore Caroit a précisé que ce texte se voulait délibérément « resserré et condensé », afin de faciliter son inscription à l’ordre du jour parlementaire dans un calendrier contraint. Il s’articulerait autour de plusieurs axes : simplification administrative, protection sociale, modalités de retour en France, et certains aspects de la réforme de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE).
La ministre a également indiqué que ce projet ne reprendrait pas l’intégralité des dispositions défendues antérieurement dans la proposition de loi déposée avec le député Karim Ben Cheikh, laissant ainsi aux parlementaires, sénateurs comme députés, un espace pour amender le texte. La mission confiée à la sénatrice Samantha Cazebonne, ainsi que la mission d’information sénatoriale conduite par Yan Chantrel et Mathilde Ollivier, viendront nourrir ces travaux.
La réforme de l’AEFE
La réforme de l’AEFE a concentré une large partie des échanges entre la ministre et les conseillers. Éléonore Caroit a évoqué un attachement personnel à cette institution, tout en affirmant la nécessité d’en renforcer « les capacités d’action et de pilotage ». Le réseau compte aujourd’hui 612 établissements aux statuts hétérogènes. La ministre s’est prononcée en faveur d’une tarification différenciée, susceptible de garantir l’accessibilité du réseau aux familles françaises aux revenus les plus modestes, et d’une simplification du traitement des bourses scolaires.
Sur les mesures budgétaires adoptées en décembre 2025 par le conseil d’administration de l’AEFE, mesures qui avaient suscité une large opposition des représentants des familles , la ministre a déclaré partager les réserves exprimées, précisant qu’elles ne constituaient pas, à ses yeux, la réforme en elle-même. Elle a également rappelé la dimension d’influence diplomatique portée par le réseau, aux côtés de sa mission première d’instruction des jeunes Français établis hors de France.
La CFE et la protection sociale : une équation financière toujours ouverte
La situation de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) a également été abordée. Si la ministre a réaffirmé son « attachement à un financement pérenne de cet organisme de protection sociale« , elle a reconnu que les crédits exceptionnels accordés ne règlent pas le problème de fond. Des pistes de réforme du financement seraient incluses dans le projet de loi en cours d’élaboration. Le rapport des Assises de la protection sociale lui a par ailleurs été remis en fin de journée du 2 mars.
Participation électorale : un enjeu démocratique affirmé
À moins de trois mois des élections consulaires de fin mai 2026, la ministre a appelé les Français de l’étranger à s’inscrire sur les listes électorales avant la date limite du 24 avril 2026. Elle a insisté sur la nécessité de « faire vivre la démocratie à l’étranger » et d’encourager la plus large participation possible. Des interrogations ont cependant été exprimées par certains membres de l’AFE quant à la réduction du nombre de bureaux de vote à l’étranger et à la capacité du vote par internet à y pallier efficacement.
La 44e session plénière se poursuivra jusqu’au 6 mars, avec au programme notamment un bilan de mandature et une présentation de l’architecture de la future Assemblée, en vue de la prochaine session prévue en octobre 2026.


