Accueil 5 L'association 5 Les violences sexuelles du fait des conflits armés ne sont ni une fatalité ni un phénomène culturel

Le Sénat vient de publier un remarquable rapport d’information sur les violences faites aux femmes dans les territoires en conflit, auquel a participé notre sénatrice Claudine Lepage. L’intégralité du rapport est accessible en cliquant ici. En voici un extrait particulièrement éclairant :

« …Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue, a posé la question de la « visibilité » croissante des viols, qui semblent aujourd’hui se multiplier à l’occasion des conflits armés alors qu’ils sont condamnés par la communauté internationale. Selon l’analyse anthropologique, il ne faudrait pas nier la spécificité de ces violences commises en temps de guerre sous prétexte qu’elles auraient toujours existé, comme en témoignent Sophocle, L’Iliade et L’Odyssée ou l’enlèvement des Sabines.

Le viol de guerre est tout d’abord marqué par la conquête; le viol systématique, tel qu’il a été pratiqué en Bosnie, obéit à une logique différente, le viol étant destiné à anéantir la communauté de l’ennemi et à « nettoyer le territoire », le « purifier ». Forcer les femmes à porter l’enfant de l’ennemi s’inscrit dans cette logique qui, en Bosnie, a conduit aussi à la destruction des lieux de culte et à la profanation des cimetières.

Selon Raphaëlle Branche, historienne, le viol en temps de guerre s’inscrit dans un « répertoire de violences sexuelles » qui comporte aussi la dénudation forcée, les mutilations sexuelles, les tontes et les coups et blessures sur les organes sexuels. Il n’a pas pour seul objet la prise de force du corps de l’agressé, il vise à l’avilir, à affirmer sa faiblesse et la victoire de l’assaillant. Cette violence ne se limite pas à un rapport inter-individuel qui caractérise le viol commis en dehors des conflits armés, car elle « vise une communauté ».

Bien que la pratique des viols de guerre soit ancienne, Raphaëlle Branche a insisté sur le fait que si « elle n’est pas un invariant, elle ne fait pas partie des lois de la guerre » : « les viols de guerre ne sont pas une fatalité », ils ont certes selon elle des liens avec une structure sociale patriarcale, qui ne suffit toutefois pas à faire des hommes « des violeurs potentiels par nature ». Véronique Nahoum-Grappe montre également que ces atrocités ne sont pas systématiques et que le lien entre triomphe, fête et sexualité n’est pas propre à la guerre : on l’observe aussi lors des évènements sportifs.

La représentante spéciale du Secrétaire général des nations Unies sur les violences sexuelles dans les conflits s’élève, comme l’a souligné le représentant de l’État-major des armées, contre l’assimilation de ces violences armés à un fléau inévitable dont les causes pourraient être d’ordre culturel et insiste sur le fait que cette arme de guerre ne touche pas que l’Afrique.

Dans le même esprit, la résolution du G8 du 11 avril 2013 réfute le « mythe selon lequel les violences sexuelles dans les conflits armés sont un phénomène culturel, une conséquence inévitable de la guerre ou un crime mineur » ; dans une rédaction voisine, la résolution n°2106 du 24 juin 2013 du Conseil de sécurité appelle à « lutter contre les idées fausses selon lesquelles ces violences sexuelles [seraient] un phénomène culturel » ou « une conséquence inévitable de la guerre ».

Toute interprétation fataliste des viols de temps de guerre doit être récusée car cela reviendrait à excuser ces comportements, ou à tout le moins à ne pas les réprimer, au motif qu’ils relèveraient d’une « loi de la guerre » dont les femmes seraient les victimes naturelles. Or une telle attitude ne pourrait que conduire à la même compréhension de ces crimes vis-à-vis des viols du temps de paix. »

 

Crédit photo : © ICRC / C.Von Toggenburg / co-e-00829

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