Accueil 5 L'association 5 2e prix Français du monde 2026 : Au Bénin, sensibiliser les jeunes à la diversité pour mieux lutter contre les stéréotypes
Pour la deuxième édition du Prix Français du monde, la section Bénin reçoit le deuxième prix pour un projet de sensibilisation à la diversité et aux stéréotypes de genre mené auprès d’élèves de Seconde du Lycée International Pierre Manuel Talon de Cotonou. Une initiative pédagogique qui fait de l’éducation au respect et à l’égalité un véritable outil de prévention et d’action collective.

Après le premier prix attribué à la section Pérou pour sa campagne solidaire au profit d’un foyer pour enfants d’Ayacucho, et le troisième prix décerné à la section Abidjan pour son projet mémoriel consacré aux anciens combattants ivoiriens, le deuxième prix du Prix Français du monde 2026 distingue une autre forme d’engagement : celle qui consiste à agir en amont, auprès des jeunes, pour déconstruire les préjugés et prévenir les mécanismes d’exclusion.

Les 29 mai et 3 juin 2026, la section Bénin de Français du monde – ADFE a organisé, en partenariat avec le Lycée International Pierre Manuel Talon (LIF PMT) de Cotonou, homologué par l’AEFE, un atelier consacré à la diversité, avec un focus particulier sur les stéréotypes de genre.

L’expérimentation a concerné 44 élèves de Seconde, répartis en deux groupes de 22, lors de deux demi-journées de trois heures.

François Boucher, ancien président de Français du monde – ADFE, remet à Claudine DAN, Josiane ADJOVI et Karine GBAGUIDI KEREKOU, pour la section Bénin, le 2e prix Français du monde.

Nommer les stéréotypes pour mieux les combattre

Les stéréotypes de genre peuvent paraître anodins. Pourtant, dès l’adolescence, ils influencent les représentations, les comportements et parfois les choix qui structurent les parcours de vie.

Orientation scolaire, estime de soi, relations entre élèves, violences, santé mentale : les conséquences de ces biais peuvent être multiples.

La classe de Seconde constitue à cet égard un moment particulièrement important. Les élèves commencent à préciser leurs projets d’études et leurs aspirations professionnelles, tout en construisant leur identité sociale et leur rapport aux autres.

Le projet porté par Français du monde – ADFE Bénin part donc d’une conviction simple : pour pouvoir agir sur les discriminations, il faut d’abord être capable d’identifier les mécanismes qui les produisent et les entretiennent.

L’atelier poursuivait trois objectifs : identifier, comprendre et agir.

Identifier les stéréotypes de genre et les mécanismes qui contribuent aux inégalités ; comprendre leurs causes et leurs conséquences ; puis passer à l’action en faisant émerger des engagements concrets pouvant être suivis dans l’établissement.

Une pédagogie participative autour de la « Fresque du Sexisme »

Conçu comme un projet pilote, l’atelier s’appuie sur la méthodologie de la « Fresque du Sexisme », adaptée et élargie aux enjeux de la diversité.

L’approche privilégie la réflexion collective et la participation des élèves. Il ne s’agit pas simplement de transmettre des connaissances, mais de permettre aux jeunes de mettre en commun leurs représentations, d’identifier les mécanismes à l’œuvre et de réfléchir aux moyens d’agir à leur échelle.

L’atelier est organisé en plusieurs temps : une entrée par la diversité, un travail approfondi sur les questions de genre, puis un retour vers une conception plus large de la diversité et la formulation d’engagements collectifs.

Ces engagements, rédigés par les élèves, doivent être analysés avant d’être transmis au Conseil de Vie Lycéenne (CVL), afin que le travail réalisé pendant l’atelier puisse trouver un prolongement concret dans la vie de l’établissement.

Cette articulation entre prise de conscience, expression collective et engagement constitue l’une des forces du projet.

Des résultats qui montrent une évolution des perceptions

Pour mesurer l’effet de l’expérimentation, un questionnaire anonyme de cinq questions a été proposé aux élèves avant et après l’atelier.

Les résultats agrégés montrent une évolution encourageante.

Le nombre moyen de stéréotypes cités par les élèves est passé de 2 à 3, signe d’une capacité accrue à identifier et à nommer les représentations stéréotypées.

Plus significatif encore, le sentiment de capacité à réagir face à une situation relevant des stéréotypes ou des discriminations est passé de 3 à 5 sur une échelle de 1 à 5.

La compréhension des mécanismes de cause à effet, initialement jugée insuffisante, est devenue bonne à l’issue de l’atelier.

Enfin, la perception de la diversité comme une richesse, déjà élevée à l’entrée avec une moyenne de 4 sur 5, atteint 5 sur 5 après l’intervention.

Ces résultats ne prétendent évidemment pas mesurer à eux seuls une transformation durable des comportements. Ils constituent néanmoins un indicateur précieux de l’intérêt d’une démarche qui permet aux élèves de mettre des mots sur des mécanismes parfois invisibles et de se sentir davantage capables d’agir.

Une expérimentation appelée à changer d’échelle

L’accueil réservé au projet par les élèves et par la direction du LIF PMT a conduit la section Bénin à envisager une nouvelle étape.

Pour l’année scolaire 2026-2027, Français du monde – ADFE Bénin souhaite reconduire l’action dans un format élargi, avec plusieurs ambitions : toucher davantage de classes dans les établissements français homologués, introduire une cohorte junior destinée aux élèves de CM1-CM2, en complément du travail mené auprès des lycéens, et constituer un pool d’animateurs et d’animatrices formés.

Cette perspective de déploiement donne au projet une dimension particulièrement intéressante : l’atelier n’est pas conçu comme une action ponctuelle, mais comme le point de départ d’une démarche susceptible de s’inscrire durablement dans les établissements.

La dynamique a d’ailleurs déjà suscité de nouvelles demandes. À la suite de l’atelier, l’équipe pédagogique du LIF PMT a sollicité la section pour une intervention consacrée à la communication non violente auprès des classes de 4e, identifiées comme particulièrement difficiles à accompagner certaines années.

Prévenir plutôt que réparer

À travers cette initiative, Français du monde – ADFE Bénin défend une conception exigeante de l’éducation à la citoyenneté : donner aux jeunes les moyens de comprendre leur environnement social, de questionner les normes qui leur sont proposées et de développer des relations fondées sur le respect.

Le projet rappelle également que la lutte contre les discriminations ne passe pas uniquement par des dispositifs destinés à réparer des situations déjà constituées. Elle commence aussi par l’éducation, la prévention et la capacité à reconnaître les préjugés avant qu’ils ne deviennent des comportements ou des inégalités installées.

En choisissant de travailler avec des élèves, de mesurer les effets de son action et de prévoir dès le départ un mécanisme de suivi par le Conseil de Vie Lycéenne, la section Bénin inscrit son engagement dans une démarche à la fois concrète, collective et évolutive.

C’est cette capacité à transformer un enjeu de société en action pédagogique structurée, mesurable et reproductible que le deuxième prix du Prix Français du monde vient saluer.

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