L’association Français du monde ADFE CI a interrogé le sénateur Yan Chantrel, vice-président de la commission de la culture et de l’éducation au Sénat. Il revient sur les différentes étapes et les intervenants du processus législatif qui a permis, le 13 mars dernier, le retour en Côte d’Ivoire du Djidji Ayôkwè, le tambour parleur sacré du peuple Ebrié (ou Atchan), confisqué par l’administration coloniale en 1916.
FDM ADFE CI : Vous êtes cosignataire de la proposition de loi de restitution du tambour parleur (Djidji Ayôkwè) à la Côte d’Ivoire. Quelle a été votre motivation et quel a été le processus de construction de cette restitution ?
Cette restitution fait suite à une demande officielle de la Côte d’Ivoire adressée à la France en 2019. Le Président de la République Emmanuel Macron y a répondu favorablement lors du sommet Afrique-France du 8 octobre 2021 à Montpellier. En France, les biens culturels conservés dans les collections publiques sont soumis au principe d’inaliénabilité : ils ne peuvent pas être cédés librement. Il était donc nécessaire d’adopter une loi pour autoriser cette restitution. En tant que vice-président de la commission de la culture et de l’éducation, je suis particulièrement engagé sur ces enjeux. La restitution constitue à mes yeux un acte nécessaire à la fois moral, historique et diplomatique.
FDM ADFE CI : Comment se construit concrètement une mission ou une initiative parlementaire sur des sujets comme la restitution ? Qui décide et selon quelles étapes ?
Cette initiative est née à l’occasion d’un déplacement en Côte d’Ivoire, où j’ai pu mesurer, aux côtés de la ministre de la Culture Françoise Remarck, l’attente forte autour de cette restitution, suite à l’engagement pris par le Président de la République. Ce contexte faisait écho à la restitution récente de 26 œuvres au Bénin. À mon retour, j’ai proposé l’organisation d’une mission trans-partisane en Côte d’Ivoire en septembre 2024 afin d’échanger directement sur ces enjeux. À l’issue de cette mission, nous avons engagé la procédure parlementaire en déposant une proposition de loi avec six sénateurs (Yan Chantrel, Laurent Lafon, Max Brisson, Jean Hingray, Cédric Vial et Mathilde Ollivier). Ce texte a été adopté par le Sénat en avril 2025, puis par l’Assemblée nationale en juillet, permettant la restitution effective du tambour à la Côte d’Ivoire.
FDM ADFE CI : Quel rôle le Sénat, et en particulier les élus Français de l’étranger, peuvent-ils jouer dans les dynamiques de restitution et de coopération patrimoniale avec des pays comme la Côte d’Ivoire ? Quelle a été la mobilisation de ces derniers, notamment en Afrique, sur cet enjeu ?
Le Parlement joue un rôle juridique essentiel, puisqu’il doit voter les lois permettant de déroger au principe d’inaliénabilité, mais il est aussi un lieu de débat et d’impulsion politique sur les questions de restitution et de coopération patrimoniale. Les élus des Français de l’étranger jouent, quant à eux, un rôle de terrain fondamental. En Côte d’Ivoire, des élus comme Baptiste Heintz participent activement à la coopération entre nos deux pays, notamment à travers des initiatives culturelles, éducatives et économiques. C’est d’ailleurs à son initiative que j’ai effectué mon premier déplacement en Côte d’Ivoire. Ces élus ont été pleinement mobilisés : ils relaient les demandes des États africains, soutiennent des projets de coopération et contribuent au dialogue bilatéral.
FDM ADFE CI : Quelle est la suite à cette loi, notamment pour les autres œuvres retenues en France ?
Face aux limites du traitement au cas par cas et à la saturation de l’agenda parlementaire, nous avons souhaité porter un texte instaurant un cadre juridique général. L’objectif est de faciliter et d’accélérer les restitutions en encadrant une dérogation au principe d’inaliénabilité. Ce texte, adopté par le Sénat puis par l’Assemblée nationale, vise à inscrire ces restitutions dans une logique durable de coopération culturelle et diplomatique. Il ouvre la voie à de nouvelles restitutions sans nécessiter systématiquement une loi spécifique pour chaque cas.
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Restitution du Djidji Ayôkwé : un exemple emblématique de coopération culturelle entre la France et la Côte d’Ivoire (UNESCO)


