La 5ᵉ édition du Prix Florian, organisée par la ville de Châteauneuf-sur-Loire, a célébré, le vendredi 23 janvier 2026, la vitalité de la langue française. Grâce au partenariat noué avec Français du monde – ADFE, le Prix est désormais ouvert aux Français de l’étranger pour la deuxième année consécutive, permettant ainsi d’accueillir les contributions de nos compatriotes établis hors de France. Un succès qui témoigne de leur engagement pour la défense et l’illustration de notre patrimoine littéraire.
Une mobilisation remarquable
Près de 90 fables ont été reçues cette année, venues de France mais aussi des quatre coins du monde. Du Japon au Zimbabwe, de l’Allemagne au Maroc, en passant par le Brésil et les États-Unis, la communauté française à l’étranger s’est particulièrement distinguée avec 30 contributions, dont deux œuvres d’enfants.
Cette belle participation illustre la vitalité de notre langue et la capacité de nos compatriotes établis hors de France à valoriser une tradition littéraire française, celle de la fable, tout en l’enrichissant de leurs expériences diverses à travers le monde.
La cérémonie de remise des prix, organisée vendredi dernier à Châteauneuf-sur-Loire, a permis aux lauréats, qu’ils soient présents physiquement ou en visioconférence, de partager leurs créations devant un public nombreux. Un moment d’émotion et de partage qui a révélé toute la richesse et la diversité des morales proposées, tantôt humoristiques, tantôt empreintes de sagesse.
Des œuvres primées qui parlent au monde d’aujourd’hui
Le premier prix de la catégorie adulte pour les Français de l’étranger a été décerné à Pierre Dardenne, depuis Casablanca, pour sa fable « Rien ne sert de courir les mers, il suffit de jouer aux cartes« . Une ode poétique à l’imaginaire et au voyage intérieur, où un enfant de Châteauneuf-sur-Loire rêve d’aventures maritimes en contemplant cartes et planisphères. Une métaphore touchante qui résonne particulièrement chez ceux qui, expatriés, connaissent la nostalgie et le goût de l’ailleurs.
Rien ne sert de courir les mers, il suffit de jouer aux cartes
L’enfant de Châteauneuf-sur-Loire, s’imagine sur l’embarcadère
Lui qui aimerait tant pouvoir, descendre le fleuve jusqu’à la mer
Il rêve devant un planisphère, se prend pour un explorateur
Qui passe le tropique du Cancer, et franchit aussi l’équateur
Dans son esprit de doux rêveur, il pénètre dans l’autre hémisphère
Comme les plus grands navigateurs, il vogue vers de nouvelles frontières
Il navigue sur les océans, scrutant une carte des fonds marins
Il s’imagine être Magellan, franchissant tous les méridiens
Il fonce sur l’Océan Indien, vers les quarantièmes rugissants
Évite les reliefs sous-marins, et se fie à la rose des vents
Devant la carte de Mercator, il enjambe tous les parallèles
Pour naviguer jusqu’au Bosphore, et le détroit des Dardanelles
En pensée il part en voyage, jouant les Vasco de Gama
Naviguant vers d’autres rivages, et vers l’isthme de Panama
Scrutant ses cartes dans sa maison, il se prend pour Dumont d’Urville
La Pérouse ou Christophe Colomb, découvrant des côtes et des îles
Il croise sous toutes les latitudes, passe le tropique du Capricorne
Puis sillonne les mers bleues du sud, et essuie un grain au Cap Horn
Tel James Cook il aime bourlinguer, décrire le tour de l’Antarctique
Découvrir des terres émergées, et traverser le Pacifique
Incollable en géographie, à force de lire des portulans
Adepte de la cartographie, l’enfant rêve aux cinq continents
Pour toi aussi en bord de Loire, coincé dans ton appartement
Les cartes marines peuvent t’émouvoir, elles sont tes cartes d’embarquement…
Romain Bocquillon, depuis le Japon, s’est vu attribuer le deuxième prix avec « Des moutons de Panurge« , une fable politique incisive qui rappelle que la loi doit s’appliquer à tous, du puissant au plus humble. Une réflexion d’une actualité brûlante sur l’égalité devant la justice et les dangers du suivisme aveugle.
Saperlipopette, s’exclama le cerf
Sacre bleu, s’emporta le phacochère
Tabernacle, pesta l’élan
Que diantre, proféra le faon
Quel est tout ce tintamarre ? demanda le léopard
Le lion a été condamné, répondit le guépard
Ce n’est point possible, s’insurgea le paon
Pourtant, ça l’est, déplora le faisan
N’était-il point au-dessus des lois ? questionna le babouin
C’est, en effet, ce qu’il pensait être, répondit le lapin
C’est ce que nous pensions tous, renchérit la gazelle
Mais, est-il réellement coupable ? s’enquit l’hirondelle
Un animal tel que lui ne peut être hors la loi, décréta le gnou
Nous le défendrons donc jusqu’au bout, aveuglément, répliqua le loup
Ce ne peut être qu’un coup monté, c’est sûr, décida le crapaud
Et si tout cela n’était point une fable ? s’inquiéta l’escargot
Broutilles, foutaises, bagatelle, n’en démordit l’orang-outan
Tu retournes ta coquille l’escargot ? s’énerva le varan
Palsambleu, impossible, gronda l’anaconda
Moult balivernes et belles sornettes, ajouta l’oie
Cependant, avec ou sans pattes, vertébré ou invertébré,
Grand, petit, prédateur ou proie, poilu, écaillé ou plumé,
La même loi s’applique à tous et pour tous, du roi au quidam,
Conclut l’éléphant du haut de sa sagesse non-partisane.
Le troisième prix est revenu à Jean-Philippe James, installé en Allemagne, pour « La fable de l’affable », un texte percutant qui dénonce les discours trompeurs face aux urgences climatiques et aux conflits. Une critique salutaire de la désinformation et des beaux parleurs qui endorment les consciences pendant que le monde brûle.
Au bord d’un champ brûlé se dressait un renard,
Qui parlait aux passants d’un ton doux et vantard.
« Dormez, braves voisins, tout va bien sur la Terre,
Le climat n’est qu’un jeu, la guerre passagère. »
Son air affable et sûr charmait les villageois,
Et chacun l’écoutait sans douter de sa voix.
« Vos peurs, ajoutait-il, sont de pures fables,
Croyez-moi, je vous sers des propos honorables. »
Un corbeau, journaliste, accourut aussitôt :
« Quelle verve éclatante, ô discours sans défaut !
Je publierai partout vos promesses si belles,
Et l’on lira demain vos paroles fidèles. »
Mais la tortue avançait, parlant plus gravement :
« La mer monte déjà, les récoltes s’épuisent,
Et vos discours sans fin égarent qui les lisent. »
Le renard ricana : « Tes chiffres sont trop secs,
Ton ton est ennuyeux, tes propos trop complexes !
Tes récits sont trop noirs, ton langage trop gris. »
Le corbeau, en écho, riait sur la place,
Et peignait l’avenir sous des couleurs de grâce.
Mais bientôt vint le feu ravageant les moissons,
Et le fracas des loups troubla les horizons.
Alors chacun comprit, face à l’inévitable,
Que le mensonge aimable est le plus redoutable.
Mention spéciale également à Luna Morattel, depuis Vuarrens en Suisse, lauréate dans la catégorie 9-15 ans pour « Le chat et la tortue« . Une belle promesse pour l’avenir de la francophonie.
Un rayonnement soutenu
Cette édition a bénéficié du parrainage prestigieux des éditions Diane de Selliers et des encouragements d’Éléonore Caroit, ministre des Français de l’étranger et de la francophonie. Un soutien institutionnel qui souligne l’importance de ce concours dans la promotion de la langue française et de la création littéraire au sein de notre diaspora. Le jury, qui comptait, entre autres, Vanessa Gondouin-Haustein, rédactrice en chef du magazine de l’association Français du monde – ADFE, s’est dit « régalé » à la lecture de toutes ces fables, saluant la qualité des textes et la diversité des thématiques abordées. Preuve que la fable, genre classique s’il en est, demeure un outil d’expression pertinent et vivant pour interroger notre époque.




