Accueil 5 Emploi 5 Une plateforme numérique solidaire : comment en Thaïlande, Français du monde-adfe organise l’entraide entre entrepreneurs français

La pandémie de la Covid-19 a affecté le tissu économique de tous les pays. Les communautés françaises installées à l’étranger n’ont évidemment pas échappé au phénomène et l’impact, notamment pour les entrepreneurs, est considérable. En Thaïlande, l’association Français du monde-adfe, après avoir aidé les compatriotes dans des situations dramatiques, s’est lancée dans un projet ambitieux de plateforme numérique pour pérenniser la chaîne d’entraide entre chefs d’entreprises. Gaëlle Barré, administratrice de Français du monde-adfe a interrogé Jean-Michel Ferry, Secrétaire général de Français du Monde-adfe Thaïlande sur le sujet.

L’année 2020 a été marquée par un évènement aussi imprévu que dévastateur : l’épidémie de la Covid-19. Beaucoup d’artisans et de petits entrepreneurs qui participent à la présence française en Thaïlande ont été durement touchés par cet évènement dans leur activité professionnelle, avec des conséquences extrêmement graves pour eux et leur famille. Pouvez-vous nous dire ce que l’association Français du Monde-adfe Thaïlande a mis en place afin de leur venir en aide?

Suite à la pandémie depuis février 2020 en Thaïlande, un vivier d’artisans, de commerçants, de petits entrepreneurs français, riches de savoir-faire et de compétences, diffusant notre culture, ont été soudainement plongés dans l’inconnu et livrés à la survie au jour le jour, leur situation n’ayant cessé de se dégrader pour devenir, dans de nombreux cas, dramatique. Ces entrepreneurs, particulièrement présents dans les domaines du tourisme, de la restauration, des services, sont souvent isolés et aidés ponctuellement, mais ils ont toujours besoin d’être soutenus, alors que la réouverture du pays est toujours compromise.

Ces hommes et ces femmes, dont le parcours semblait tout tracé dans ce pays, par bien des aspects idyllique, ont souvent fondé une famille, quitté la France depuis de nombreuses années et n’ont plus vraiment d’attaches en métropole. Avec la pandémie, ils ont souvent épuisé leurs économies et les possibilités d’emprunts, changé drastiquement de train de vie, cherché des solutions alternatives… Leurs difficultés se traduisent par des retards de paiement de loyer et la menace d’expulsion (ce qui se produit déjà), le renoncement aux assurances (notamment pour la santé), l’impossibilité de payer l’école des enfants (l’accumulation de retards ou la sortie du système scolaire), le non-règlement des services basiques (eau, électricité) et les menaces de coupure qui en résultent. Certains se voient contraints de vendre leur outil de travail quand ils le peuvent (le restaurant, l’hôtel, la boutique…) ou au mieux « de réduire la voilure » s’ils ne sont pas mis dehors du jour au lendemain, suite à une rupture de bail.

Depuis un an, nous mesurons chaque jour les effets de la pandémie pour nos compatriotes actifs, tel ce créateur et artisan du nord du pays, propriétaire d’une entreprise avec des savoir-faire uniques, obligé de démonter la charpente de ses locaux pour vendre le fer au poids…Les témoignages se comptent par dizaine et la section Français du Monde-adfe Thaïlande s’est saisie de sujet très activement depuis un an.

L’association a sollicité des aides et a envisagé un projet plus ambitieux qui permette de sortir de la nécessaire bienfaisance – et bien que cette assistance ne soit pas la vocation coutumière de l’association – pour proposer une aide pérenne au travers d’une plateforme solidaire. C’est précisément l’enquête menée en septembre 2020, puis les témoignages de divers entrepreneurs ayant répondu, qui ont fait émerger cette proposition.

Vous avez donc réalisé une enquête auprès des petits entrepreneurs expatriés indépendants pour comprendre comment ils faisaient face à la crise. Quel est leur profil et quelles sont leurs principales préoccupations ?

Il s’agit majoritairement de TPE- PME (moins de 10 salariés), en grande difficulté dont la plupart sont à l’arrêt et sans revenus car elles ont souvent épuisé leur épargne. Le secteur du tourisme, principalement implanté dans des sites touristiques tels que Phuket, Pattaya, Chiangmai et Bangkok, ainsi que le marketing, l’artisanat, la restauration, sont les plus touchés. Sur 100 personnes, 70% ne peuvent et/ou ne souhaitent pas rentrer en France, 80% n’ont pas de contact avec des organismes institutionnels et 38% emploient des Français. La plupart déclaraient se sentir isolés et abandonnés par l’État français (ceci était vrai il y a un an, avant les aides…). Ils sont demandeurs à 70% d’un « forum d’entraide ».

À la suite de cette enquête, Français du Monde-adfe Thaïlande a fait deux demandes d’aide OLES (organisme local d’entraide et solidarité) pour les entrepreneurs, cette solidarité active se révélant alors indispensable. Entre décembre 2020 et septembre 2021, nous avons ainsi reçu 88 demandes et accordé 49 aides, pour un montant total de 1 360 000.00 THB, l’équivalent de 35 820 euros environ (aides de l’état et partiellement aides de sponsors). Ces aides accordées selon des critères rigoureux ont été modestes mais elles ont permis de régler quelques dépenses urgentes, comme des loyers en retard, la fourniture de services, des frais scolaires… Elles ont eu aussi un effet psychologique important, les personnes aidées se sentant accompagnées et écoutées par l’association, ses soutiens et l’Ambassade.

Les témoignages recueillis, à travers les réponses aux questionnaires et aux entretiens individuels, ont aussi évoqué la nécessité de disposer d’un outil de communication numérique pour échanger, demander et obtenir des renseignements, réaliser la promotion des activités, particulièrement en période de crise, les entrepreneurs insistant aussi sur le fait que des partenariats pourraient ainsi être rendus possibles entre PME et entreprises plus importantes, pour un bénéfice mutuel.

Cette démarche vous a permis de détecter des cas individuels qui mériteraient une assistance rapide et concrète pour faire face aux difficultés de la situation présente. Quels sont les outils d’accompagnement mis en place pour établir une chaîne de solidarité entre les entreprises françaises ?

Sur la base de ces échanges, après plus d’un an de pandémie, nous avons commencé à réfléchir à une plateforme solidaire. C’est donc l’enquête et la communication avec les demandeurs et les mécènes qui nous a permis d’identifier la nécessité d’une plateforme numérique solidaire.

Après cette période de réflexion, nous avons constitué un groupe de travail au sein de notre équipe qui a défini les éléments essentiels d’un futur cahier des charges. Ceci a débouché sur la consultation de trois entreprises spécialisées dans la mise en place de plateformes. Il est important à ce stade de penser le projet dans une approche de co-création afin d’inclure des acteurs concernés dans le processus d’élaboration du cahier des charges. Un appel est ainsi lancé pour la participation, de manière à optimiser sinon garantir les chances de succès.

Pour l’essentiel, l’objectif principal de la plateforme solidaire est d’établir une chaîne de solidarité entre les entreprises françaises afin que clients, fournisseurs, prestataires de services, particuliers, administration, associations puissent être en contact. La communauté française aura un media d’unité et de solidarité pour soutenir et développer les activités, puis communiquer vers l’extérieur à l’intention des milieux d’affaires thaïs et internationaux. Il s’agit de développer une chaîne de solidarité entre les entreprises françaises en garantissant une communication d’égal à égal entre tous ses membres. L’objectif est de permettre à des entrepreneurs complémentaires de se rencontrer et de travailler ensemble à plusieurs niveaux :

  • Trouver un (ou proposer ses services de) mentor capable de guider les décisions (crucial et essentiel pour l’entraide)
  • Trouver des (ou se faire référencer comme) partenaires d’affaires
  • Profiter d’un espace de ressources et d’information (et/ou contribuer à le développer)
  • Utiliser l’espace de discussions et d’échanges sous forme de forum virtuel
  • Trouver (ou proposer) des fonds
  • Trouver (ou proposer) un emploi
  • Acheter, vendre et/ou échanger produits et services
  • Trouver un accès privilégié vers le public et clients potentiels

La question du multilinguisme est importante et permet des échanges plus riches (français, anglais, thaï). Cette plateforme est en pleine gestation. Nous sommes soutenus par l’ambassade, des Entreprises Française à l’Étranger (EFE), les organisations et associations françaises professionnelles en Thaïlande, les Conseillers du Commerce Extérieur, etc… Nous n’avons pas encore défini de modèle, la définition d’un cahier des charges étant en cours avec un comité de pilotage. Nous disposons des financements nécessaires au lancement de la plateforme via les OLES mais aussi et surtout grâce à l’aide de sponsors et d’une cagnotte en ligne. La plateforme devrait constituer l’outil de solidarité pour obtenir des aides. Nous avons, en outre, mis à disposition gratuite des stands lors d’un salon pour des entrepreneurs. Nous répéterons cette opération en décembre prochain.

Quelles actions communes avez-vous réalisé avec le consulat et les autorités françaises ?  Peut-on parler d’outil « réplicable » concernant cette plateforme d’entraide qui pourrait être promue par d’autres sections de Français du monde-adfe dans le monde?

L’ambassade et le consulat nous ont suivis et aidés pour mener des actions solidaires au travers de deux financement OLES. Puis plus récemment l’ambassadeur a organisé une réunion, mettant autour de la table, ses propres services, des entrepreneurs représentant des organismes associatifs professionnels et Français du Monde-adfe Thaïlande, afin de favoriser et créer des liens pour promouvoir la création de la plateforme.

Propos recueillis le 05 novembre 2021

Liens :

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