Alors que Français du monde – ADFE lance en 2026 la quatrième édition de son baromètre sur les besoins, attentes et préoccupations des Français de l’étranger, les résultats de l’édition 2024 apportent un éclairage sur la hiérarchie des préoccupations de nos compatriotes établis hors de France. Cette photographie apparaît d’autant plus intéressante que le contexte international a profondément évolué depuis, ce qui pourrait reléguer la question climatique au second plan du débat public et médiatique. Reste à savoir si, dans un environnement mondial en recomposition, le dérèglement climatique continuera de figurer parmi les préoccupations exprimées par les Français établis hors de France en 2026.
Une préoccupation majeure, mais concurrencée
Selon le rapport de 2024 réalisé en collaboration avec l’EDHEC Junior Études, le dérèglement climatique s’impose comme la troisième préoccupation des Français de l’étranger, cité par 42,8 % des répondants. Il se situe derrière la retraite (48,5 %) et la situation internationale (46,4 %), mais devant des enjeux concrets comme l’économie, l’éducation ou l’accès aux soins.
Ce classement traduit une réalité : pour les Françaises et Français de l’étranger, le climat n’est plus une question périphérique, mais un enjeu global, au même titre que les grandes dynamiques géopolitiques.
Pourtant, deux ans plus tard, le contexte international a évolué. En ravivant les tensions géopolitiques et les préoccupations sécuritaires, il a contribué à recentrer l’attention médiatique et politique sur l’urgence diplomatique et militaire. Dans cet environnement saturé par l’actualité internationale, la question climatique apparaît moins visible dans l’espace public, sans pour autant disparaître des préoccupations de fond.
Une conscience climatique stable et transversale
L’un des enseignements majeurs de l’enquête est la stabilité de la préoccupation climatique, quel que soit le profil des répondants. Contrairement à d’autres enjeux, elle varie peu selon la durée d’expatriation : elle reste « élevée et assez stable » dans toutes les catégories.
Cette constance suggère que le dérèglement climatique est perçu comme une réalité durable, indépendante des situations individuelles. Il ne s’agit pas d’une inquiétude conjoncturelle, mais d’un cadre structurant de lecture du monde.
Des écarts marqués selon les contextes nationaux
L’analyse géographique révèle toutefois des disparités significatives. En Allemagne, par exemple, 55,4 % des Français citent le climat comme une préoccupation majeure, contre 42,8 % en moyenne. À l’inverse, certains territoires affichent des niveaux nettement plus faibles.
Ces écarts traduisent l’influence directe des politiques publiques et des débats nationaux. Dans les pays où l’écologie est au cœur de l’agenda politique, la sensibilité de nos compatriotes est plus forte. Le baromètre met ainsi en évidence un phénomène d’“imprégnation contextuelle” : les Français de l’étranger adoptent en partie les priorités du pays dans lequel ils vivent.
Un marqueur social et politique
Le rapport souligne également un gradient social : les catégories aux revenus moyens et élevés sont les plus sensibles à la question climatique, avec des taux autour de 46 à 47 %. À l’inverse, les populations plus modestes se concentrent davantage sur les enjeux de subsistance.
Ce constat, classique dans les études d’opinion, interroge sur les conditions d’appropriation de la question climatique. Il suggère que celle-ci reste, en partie, corrélée à une capacité matérielle à se projeter au-delà des urgences immédiates.
Climat et géopolitique : une lecture imbriquée
Autre enseignement clé : le dérèglement climatique est très souvent associé à la situation internationale. Dans de nombreuses circonscriptions législatives, ces deux préoccupations arrivent en tête, souvent dans le même ordre. Cette proximité pourrait traduire une perception du climat comme facteur d’instabilité globale, au même titre que les conflits ou les crises économiques.
À l’heure où Français du monde – ADFE consulte de nouveau les Français de l’étranger, ces résultats posent une question : le recul médiatique du climat se traduira-t-il par un recul des préoccupations des citoyens ? Rien n’est moins sûr.
Le questionnaire du Baromètre 2026 est ouvert tout au long du mois d’avril. En tant que Français de l’étranger, vous pouvez faire entendre votre voix.




