Accueil 5 Education 5 Réforme de l’AEFE : les conclusions du rapport Cazebonne
Le 17 juin 2026, la sénatrice des Français établis hors de France Samantha Cazebonne a remis au gouvernement son rapport intitulé « Refonder l’AEFE pour accompagner l’avenir de l’enseignement français à l’étranger – Une transformation stratégique au service de l’équité, de l’excellence et de l’intérêt supérieur des élèves ». Ce document de plus de 380 pages, a été transmis au Premier ministre, au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, au ministre de l’Éducation nationale et à la ministre déléguée chargée des Français de l’étranger.

La mission a été confiée à la sénatrice dans la foulée des décisions adoptées par le conseil d’administration de l’AEFE le 18 décembre 2025, qui avaient suscité de vives inquiétudes parmi les familles, les personnels et les établissements du réseau. Pour nourrir ses travaux, Samantha Cazebonne indique s’être appuyée sur plusieurs centaines de contributions écrites et d’auditions, associant familles, personnels, organisations syndicales, chefs d’établissement, opérateurs éducatifs et élus, ainsi que sur une consultation citoyenne menée via les réseaux sociaux.

Les principaux constats du rapport

Le rapport part du constat que « l’accumulation de missions (…), ainsi que l’augmentation des coûts de fonctionnement, ont complexifié son rôle », tandis que la part du financement assurée par les familles et les établissements tend à augmenter.

Sur le plan financier, le document rappelle que la subvention pour charges de service public (SCSP) versée par l’État aurait diminué de près de 60 millions d’euros entre 2024 et 2026. Il relève également un écart croissant entre le coût des pensions civiles supporté par l’AEFE (plus de 186 millions d’euros en 2025 selon le rapport) et le montant de la compensation versée par l’État, resté à 120 millions d’euros.

Le rapport pointe un risque pour les familles : la réforme financière adoptée fin 2025, qui prévoit notamment une participation croissante des établissements au financement des pensions civiles des personnels détachés, pourrait entraîner, selon le document, « une hausse mécanique des frais de scolarité (…) de +8 % en moyenne à la rentrée 2026 », avec un risque particulier pour les familles de classe moyenne.

Enfin, le rapport identifie des tensions sur le plan des ressources humaines : difficultés de recrutement et de fidélisation, coût croissant des personnels détachés, et un manque de visibilité de l’AEFE sur le suivi des personnels en détachement direct.

44 propositions pour une « Nouvelle AEFE »

Le rapport formule 44 propositions, organisées autour de plusieurs axes :

    • Gouvernance et pilotage : conseil d’administration resserré, création d’un comité stratégique, modernisation des outils de pilotage.
    • Financement : introduction d’une comptabilité analytique, révision des contributions des établissements, ajustements des mécanismes de pension civile.
    • Ressources humaines : élargissement du recours aux contractuels, révision des modalités de détachement, diversification des profils enseignants.
    • Formation : parcours d’acculturation, développement de la formation à distance.
    • Modèle éducatif : mixité des établissements, services modulaires, renforcement de l’inclusion et des bourses.
    • Rayonnement international : partenariats renforcés (FEI, ONISEP, Campus France), création d’une « marque » de l’éducation française à l’étranger.

Des réactions contrastées sur la méthode

La méthode suivie a fait l’objet de débats au sein du réseau. Le député représentant les Français de la 9e circonscription législative, Karim Ben Cheikh a notamment relevé qu’entre décembre 2025 et mars 2026, le bilan financier de l’AEFE était passé d’un déficit annoncé de 59 millions d’euros à un excédent de 3 millions, et a appelé à suspendre les décisions adoptées en décembre, estimant que « le contexte d’urgence ne se vérifie plus ». D’autres acteurs du réseau ont au contraire souligné la nécessité d’engager rapidement une réforme structurelle face à la fragilité financière du modèle actuel.

Un changement de direction à l’AEFE

Alexandre Morois, administrateur de l’État, est nommé directeur général de l’AEFE

La publication du rapport intervient alors que l’AEFE change de direction générale. Par décret du 15 juin 2026, Alexandre Morois, jusqu’alors directeur des Affaires financières au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, a été nommé directeur général de l’agence par la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, Éléonore Caroit. Sa feuille de route prévoit notamment de renforcer le pilotage opérationnel de l’agence, de consolider sa soutenabilité financière et d’accorder davantage d’autonomie aux établissements, tout en préservant la politique de bourses.

Le réseau de l’enseignement français à l’étranger scolarise aujourd’hui près de 400 000 élèves dans 612 établissements répartis dans 138 pays.

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