25 688 répondants, 162 pays, 7 ans de données longitudinales. L’édition 2026 du Baromètre Français du Monde dresse, à une échelle exceptionnelle, le portrait des Françaises et des Français établis hors de France.
Depuis 2019, l’association Français du monde – ADFE s’est engagée à consulter les Françaises et les Français de l’étranger à travers un baromètre organisé tous les deux ans. Chaque édition a été marquée par des contextes distincts : en 2019, dans le prolongement du mouvement des Gilets jaunes et du Grand Débat national ; en 2022, sur fond d’invasion russe de l’Ukraine et de sortie de la crise sanitaire liée au Covid-19 ; en 2024, dans un contexte dominé par l’instabilité politique française et la montée des tensions géopolitiques.
L’édition 2026 s’inscrit dans un environnement marqué à la fois par la recomposition du paysage politique français et par l’intensification des tensions géopolitiques internationales. Deux thématiques émergent particulièrement des résultats : la progression des préoccupations géopolitiques, inscrite au deuxième rang des sujets cités par les répondants, et les interrogations croissantes concernant l’accessibilité de l’enseignement français à l’étranger.
Les résultats mettent en évidence un contraste marqué dans la perception de la France. Le rayonnement culturel demeure largement valorisé par les répondants et constitue la seule dimension affichant un solde de perception positif. À l’inverse, les évaluations portant sur la gouvernance, l’attractivité économique, le soutien apporté aux Français de l’étranger ou encore la politique migratoire apparaissent plus réservées. L’analyse des différentes éditions du baromètre suggère une dégradation progressive de ces indicateurs au cours de la période étudiée.
Portrait des répondants en 2026
La structure de l’échantillon se caractérise d’abord par une répartition relativement équilibrée selon le genre. Les femmes représentent 46,9 % des répondants, ce qui traduit une participation globalement proche de la parité.
L’âge constitue un second trait marquant de l’échantillon. Près des deux tiers des répondants (63,9 %) sont âgés de plus de 45 ans.
- 18 – 24 ans 2.2%
- 25 – 34 ans 13.4%
- 35 – 44 ans 20,5 %
- 45 – 54 ans 20.6%
- 55 – 64 ans 19.8%
- 65 – 74 ans 15.3%
- 75 ans et plus 8.2%
Enfin, les résultats mettent en évidence un fort degré d’installation durable à l’étranger. Plus de six répondants sur dix (61,8 %) résident hors de France depuis plus de onze ans, tandis que 7,7 % déclarent n’avoir jamais vécu en France.
Ces données dessinent le profil d’une population dont les parcours personnels, familiaux et professionnels, sont largement construits hors du territoire national. Cette inscription dans la durée s’accompagne d’un niveau élevé d’intégration dans les sociétés d’accueil : 43,4 % des répondants détiennent une double ou multiple nationalité. Pour autant, cette intégration ne se traduit pas par un affaiblissement du lien avec la France, l’attachement à la nationalité française atteignant une moyenne de 4,34 sur 5.
Les préoccupations en 2026 : retraite, géopolitique, économie
- Retraite et droits sociaux 40,3 %
- Géopolitique / situation internationale 36,2 %
- Coût de la vie / situation économique 30,6 %
- Accès à l’assurance médicale 25,1 %
- Fiscalité franco-étrangère 24,3 %
- Dérèglement climatique 21,5 %
- Éducation / scolarité des enfants 20,7 %
1 – Retraite et droits sociaux :
La retraite demeure la première préoccupation des répondants pour la quatrième édition consécutive de l’enquête. Les résultats mettent en évidence des difficultés persistantes dans la préparation des droits à pension. Parmi les répondants âgés de 45 ans et plus, 51,9 % déclarent ne pas avoir encore engagé de démarches en vue de leur retraite. Parmi ceux ayant entrepris ces démarches, 41,2 % indiquent avoir rencontré des obstacles significatifs. Les principales difficultés citées concernent le manque d’information (42,6 %), la complexité des conventions bilatérales de sécurité sociale (36,7 %) et les délais de traitement (34,5 %).
2 – Géopolitique / situation internationale :
Les enjeux géopolitiques constituent l’une des évolutions les plus marquantes observées dans les préoccupations exprimées. Alors qu’ils occupaient une place marginale lors des premières éditions de l’enquête, ils se situent, depuis 2024, au deuxième rang des préoccupations. Les résultats suggèrent une sensibilité accrue des Français établis à l’étranger aux conséquences politiques, économiques et sécuritaires de ces évolutions. 15,7 % sont fortement impactés par la situation internationale et 47,1 % déclarent que les bouleversements affectent leur quotidien
3 – Cout de la vie / situation économique :
Le coût de la vie apparaît également comme un sujet de préoccupation croissant. Sa fréquence de citation est passée de 12 % en 2019 à 30,6 % en 2026. Les répondants rémunérés en monnaie locale semblent particulièrement exposés à ces contraintes, qui peuvent affecter leur niveau de vie et leur capacité d’épargne.
Si les Françaises et Français de l’étranger partagent une inquiétude commune pour leur retraite, leurs préoccupations peuvent diverger selon l’endroit où ils vivent.
Ceux installés en Europe centrale ou en Suisse sont davantage préoccupés par l’instabilité géopolitique mondiale. En Espagne et au Portugal, c’est le coût de la vie qui mobilise les esprits. Les Françaises et Français d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Ouest ou du Proche-Orient, eux, placent l’accès aux soins en tête de leurs préoccupations. Quant aux familles installées dans ces mêmes régions, elles sont aussi parmi les plus inquiètes pour la scolarisation de leurs enfants, dans des zones où le réseau scolaire français est moins accessible et plus coûteux.
→ La géopolitique est la seule préoccupation transversale à tous les âges.
→ Le climat est une préoccupation jeune (30 % chez 25-34 ans) qui s’érode avec l’âge.
Perception de la France : un capital culturel qui ne suffit plus
%
Perception négative de la France
Les résultats de l’enquête mettent en évidence une perception globalement défavorable de la France parmi les répondants. L’indice de perception s’établit à 44,7 % d’opinions négatives, contre 29,4 % d’opinions positives. Sur les huit dimensions évaluées, sept présentent un solde négatif. Le rayonnement culturel constitue la seule exception, avec un solde positif de +27,5 points.
Les écarts observés entre les différentes dimensions sont significatifs. La politique migratoire enregistre le solde le plus faible, suivie de l’attractivité économique et de la gouvernance démocratique. À l’inverse, le rayonnement culturel demeure l’un des principaux vecteurs d’image positive de la France auprès des répondants.
Par ailleurs, 51,8 % estiment que la France ne défend pas efficacement ses valeurs et ses intérêts sur la scène internationale.
- Rayonnement culturel et francophonie 50.1%
- Politique étrangère 38.6%
- Défense des droits humains 35.3%
- Soutien aux Français de l’étranger 24.9%
- Gouvernance et démocratie 23.8%
- Politique climatique 20.4%
- Attractivité économique 17.1%
- Politique migratoire 9.8%
L’analyse des différentes éditions de l’enquête révèle une dégradation progressive des indicateurs de perception au cours de la période étudiée. Les données mettent également en évidence une relation étroite entre la perception de la France et les intentions de retour. À mesure que l’évaluation globale du pays se détériore, la proportion de répondants déclarant ne pas envisager un retour en France augmente. Cette corrélation suggère que l’image du pays constitue un facteur parmi ceux susceptibles d’influencer les projets de mobilité résidentielle des Français établis à l’étranger.
Les résultats montrent également que le rayonnement culturel, bien qu’il demeure fortement valorisé, ne compense pas entièrement les appréciations plus critiques exprimées à l’égard d’autres dimensions, notamment administratives, économiques ou institutionnelles.
Cette perception s’inscrit dans un contexte où 42,1 % des répondants déclarent exclure un retour en France. Parmi les motifs invoqués, la qualité de vie jugée supérieure dans le pays de résidence (52,2 %) et l’attachement au pays d’accueil (48,7 %) arrivent en tête. La perception négative de la situation française est citée par 43,5 % des répondants, ce qui en fait l’un des principaux facteurs associés au refus d’un retour, aux côtés de considérations personnelles et familiales liées à l’installation à l’étranger.
La perception négative de la France augmente avec l’âge et se dégrade particulièrement au Maghreb (-29 points) et en Suisse (-38 points). À l’inverse, les moins de 25 ans portent un regard plus positif.
Enseignement français à l’étranger : des enjeux de visibilité et d’accessibilité
Les résultats de l’enquête mettent d’abord en évidence un déficit de connaissance du dispositif éducatif français à l’étranger. Près de 44 % des répondants déclarent ne pas connaître les principaux acteurs du réseau (AEFE, MLF, CNED ou associations FLAM). Cette proportion varie sensiblement selon les régions et atteint 58,4 % en Suisse et au Liechtenstein ainsi que 50,8 % aux États-Unis et au Canada. Ces résultats suggèrent que l’information sur l’offre éducative française ne touche qu’imparfaitement une partie des publics potentiellement concernés.
Au-delà de la question de la visibilité, l’accessibilité financière apparaît comme un enjeu majeur. Parmi les répondants connaissant le réseau et en mesure d’exprimer un avis, 72 % considèrent que l’enseignement français à l’étranger est financièrement difficile d’accès. Cette perception est également présente au sein des familles déjà scolarisées dans le réseau : 78,3 % d’entre elles se déclarent préoccupées par l’évolution future des frais de scolarité. Ces résultats témoignent d’une sensibilité élevée à la question du coût de l’enseignement français à l’étranger.
Les attentes exprimées par les familles reflètent par ailleurs la diversité des situations rencontrées. Deux priorités arrivent en tête, chacune citée par 33,4 % des répondants : l’amélioration de l’accès aux études supérieures en France pour les élèves scolarisés à l’étranger, notamment à travers les procédures d’admission post-baccalauréat, et la stabilisation ou la réduction des frais de scolarité au sein du réseau d’enseignement français à l’étranger.
L’analyse des réponses suggère que ces attentes émanent de publics aux profils distincts. Les préoccupations liées à l’accès à l’enseignement supérieur concernent davantage les familles extérieures au réseau scolaire français, tandis que la question des frais de scolarité est principalement portée par les familles déjà utilisatrices de ce réseau. Cette distinction met en évidence la coexistence d’enjeux complémentaires relevant à la fois de l’attractivité du dispositif et de son accessibilité économique.
Les analyses et données présentées dans cet article sont issues du rapport complet de plus de 120 pages du Baromètre Français du monde 2026, fondé sur les réponses de 25 688 participants établis dans 162 pays. Au-delà des constats, le rapport formule des enseignements et des recommandations destinés à nourrir le débat public et à améliorer la prise en compte des enjeux propres aux Français établis hors de France. Ses conclusions seront transmises aux décideurs publics afin de contribuer à l’élaboration de politiques publiques mieux adaptées aux réalités de cette communauté.


