Accueil 5 L'association 5 « Tandas « , « pasanaku », « arisan », « cheetu »,  »esusu » …

Benjamin, qu’as-tu encore trouvé ? Que signifient tous ces mots ?

La solidarité est une idée ancienne, que les hommes ont su pratiquer au bénéfice de chacun. Car le financement d’activités économiques a toujours été un besoin, dès que la monnaie et l’argent ont été un des supports des échanges entre les hommes. Pas le seul, heureusement, tout n’est pas une marchandise ! Soyons plus que jamais vigilants en permanence sur ce sujet !


A Babylone, déjà, il y a plus de 3 000 ans

Dans la ville de Babylone, et surtout en Inde, trois formes principales permettaient à des personnes de financer leur activité économique: les traditionnels usuriers, les guildes de marchands, et les ECRA (Epargne et Crédit Rotatif par Association)

Ces derniers désignent des groupes d’individus volontaires qui construisent un cycle d’épargne et de prêt. Régulièrement, les membres se rencontrent et chacun contribue de façon égale à un fond, qui finance le crédit rotatif dont chaque membre bénéficiera au cours du cycle, chacun son tour. L’ECRA existe depuis des siècles et dans différentes régions du monde ; il est appelé  »tontines » dans l’Ouest africain, « tandas » au Mexique, « pasanaku » en Bolivie, « arisan » en Indonésie, « cheetu » au Sri Lanka,  »esusu » au Nigeria… Ces formes d’épargne sont toujours très utilisées aujourd’hui.


Au 19e siècle : des programmes de micro-prêt et d’épargne collective

En Irlande, près les grandes famines du XVIIème et XVIIIème siècles, le penseur Jonathan Swift prône le principe du micro-prêt, qui permet de rompre le cycle de la pauvreté. Il met en place le Système Irlandais de Fonds pour Prêt, qui soutiendra jusqu’à 20% des familles irlandaises chaque année.

En Allemagne, en 1848, le maire Friedrich Raiffeisen cherche à court-circuiter les usuriers. Ayant réalisé que l’épargne coopérative est plus efficace que la charité pour permettre aux pauvres de sortir de leur dépendance vis-à-vis des usuriers, il crée le premier Syndicat du Crédit, qui finira par toucher 2 millions de paysans. Aujourd’hui, Raiffeisen est une banque coopérative suisse leader dans les opérations de détail au service de 3,7 millions de personnes. L’idée se réplique rapidement en Europe et en Amérique du Nord, puis en Indonésie et en Amérique Latine.


Des années 1970 à aujourd’hui

Des programmes expérimentaux sont lancés au Bangladesh et au Brésil, où il s’agit d’accorder des micro-prêts solidaires à des groupes de femmes qui les investissent dans des micro-entreprises…

Le microcrédit prend alors un essor considérable grâce à celui qui deviendra Prix Nobel de la paix en 2006, le professeur Muhammad Yunus. En observant le modèle économique inefficace et improductif des femmes artisanes pauvres, il décide de créer une réponse institutionnelle pour aider ces personnes : la Grameen Bank – banque des villages  – la première banque de micro-finance moderne.

Il a renversé la logique financière et les a priori des banques traditionnelles en apportant la preuve que les personnes pauvres sont très fiables, qu’elles remboursent majoritairement leurs prêts et qu’elles sont en mesure de payer les taux d’intérêt couvrant les frais du prêt.


Aujourd’hui : l’enjeu de l’authenticité

A la fin des années 1990, le succès du micro-crédit a permis le développement de la micro-finance, qui englobe toute une gamme de services financiers à destination des personnes pauvres : crédit, épargne, assurance, accompagnement…

L’on peut constater une financiarisation croissante de la micro-finance qu’il s’agit de surveiller et de réguler pour faire en sorte que la micro-finance reste un outil social au service du développement des populations pauvres.

Le mois prochain, je développerai des exemples de micro crédit, et illustrerai le rôle que jouent les nouvelles technologies sur le secteur. A bientôt !

 

Benjamin Ty-Shen

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